École d'Arts Martiaux Chinois de Brice Amiot

TAI CHI CHUAN

On peut historiquement considérer que le Tai Chi Chuan (Taijiquan en pinyin) est né en Chine au tout début du XVII ème siècle dans la province du Henan à quelques kilomètres du célèbre temple de Shaolin. Divers courants se sont développés à travers les siècles à partir de la boxe du clan Chen, pour nous livrer des styles aujourd’hui très épurés de leur sens martial originel.

Le Taijiquan est un art martial dit « interne » dans le sens où il propose à ses adeptes de développer leur sensibilité et la maîtrise de leur énergie de vie pour l’employer au service de techniques martiales. Souvent injustement considéré comme une simple gymnastique visant à entretenir la souplesse et la mobilité de l’appareil locomoteur, le Taijiquan est en fait un art du combat extrêmement riche. Ce n’est qu’abordé dans cette dimension qu’il peut nous révéler les clés de la santé du corps et de l’esprit.

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TAI CHI CHUAN ou, plus justement, TAIJQUAN (en écriture Pinyin) signifie « boxe du grand faîte suprême ». QUAN désigne la boxe, c’est-à-dire une science du combat. TAIJI désigne la poutre faitière qui soutient tout un édifice. En gros, cela représente le principe sur lequel tout l’univers s’appuie. En effet, en Chine, on conçoit l’Univers comme un principe créateur régi par des lois. Ainsi le monde matériel est soumis à des lois. Rien ne peut exister dans la matière sans qu’il y ait une conformité avec ces lois. Le principe créateur se manifeste dans l’Univers par une intention qui engendre la distinction de deux mouvements, deux forces complémentaires et indissociables se transformant perpétuellement l’une en l’autre : une dualité au sein de l’unité. Le TAIJI est ce principe (ce souffle) créateur qui engendre cette distinction que l’on représente en Chine par le symbole YIN YANG. Le symbole YIN YANG n’est pas exactement le TAIJI. Il découle du TAIJI. Le symbole YIN YANG exprime une notion d’harmonie qui s’établie par la circulation sinusoïdale de l’énergie dans la matière lorsqu’il y a équilibre entre le YIN et le YANG. Il faut en conclure que le TAIJIQUAN (vulgairement réduit à l’appellation « TAI CHI ») est une science martiale qui utilise la puissance de l’intention, c’est-à-dire la puissance de l’esprit pour véhiculer de l’énergie dans un corps harmonieusement équilibré et organisé. Le corps et l’esprit y sont donc appelés à s’unir pour exprimer des gestes martiaux visant à établir les conditions optimal pour permettre à l’énergie de vie de circuler harmonieusement à travers la chair.

Le TAI CHI CHUAN ou, plus justement, TAIJIQUAN en écriture Pinyin, est une « boxe » dite « interne ». Une boxe interne est un style martial Chinois qui vise à améliorer et à employer le capital énergétique humain au service de gestes et de principes martiaux basés sur la non-opposition de la force à celle de l’adversaire.
Un style martial Chinois regroupe plusieurs catégories de techniques : les techniques de percussions effectuées avec les mains, les bras, le buste, les pieds et les jambes, les techniques de saisies, de luxations et de pressions sur les terminaisons nerveuses, les trajets sanguins ou énergétiques et enfin, les techniques de projections.
De nos jours, cette dimension martiale extrêmement riche est ignorée par un grand nombre de personnes à travers le monde qui considèrent le TAIJIQUAN comme une « gymnastique douce de santé ».  Or, le TAIJIQUAN ne peut être réellement bon pour la santé que s’il est pratiqué dans sa dimension martiale. Le TAIJIQUAN est donc un authentique Art Martial. Pratiquer le TAIJIQUAN sans sa dimension martiale est comme effectuer des gestes de natation sans jamais aller dans l’eau. Les gestes n’ont alors aucun sens, ils se perdent dans une imitation, une chorégraphie et le pseudo nageur n’expérimente jamais l’élément qui lui permet de fournir l’essentiel : l’intention de nager. Tout comme la démarche logique de nager dans l’eau fait que la natation est pleine de vertus pour la santé, le TAIJIQUAN, pratiqué tel un véritable Art Martial (ce pourquoi il a été créé) redonne à celui qui s’y adonne assidument, la possibilité de retrouver une force endormie au plus profond de lui-même. Apprendre à nager sans jamais aller dans l’eau vous semble stupide, non ? Apprendre le TAIJIQUAN en rejetant son aspect martial l’est tout autant.  La natation a été créée pour nager, le TAIJIQUAN, initialement, pour combattre.
Le TAIJIQUAN fait partie de ce que l’on nomme aujourd’hui WUSHU (arts de la guerre). Le terme plus couramment employé pour désigner les Arts martiaux Chinois en occident est KUNG FU ou encore GONG FU. Ce terme représente les efforts qu’une personne à investis sur une longue période de temps au service d’une discipline dans le but de s’accomplir. L’idéogramme KUNG / GONG (travail, effort, investissement) est le même que celui utilisé dans le terme QI GONG qui désigne l’ensemble des efforts qu’une personne fournit sur une longue période de temps dans l’étude des principes visant à influer sur son énergie vitale. QI GONG et TAIJIQUAN sont donc liés car le TAIJIQUAN est ce que l’on nomme un QI GONG martial doux. C’est-à-dire une discipline qui exige : une intention martiale précise derrière chaque action. L’intention est ce qui nourrit chacune de nos actions en énergie, c’est le principe même du vivant.
Porter de l’intention à quelque chose ou quelqu’un, c’est lui apporter de l’amour et donc de l’énergie. Une action sans intention est stérile, morte. La volonté d’exprimer des principes martiaux va permettre de faire naître une intention forte. Le principe martial est donc entre l’intention et la technique. Dans le TAIJIQUAN, l’intention découle d’une volonté martiale bien précise comme parer, presser, séparer, fendre, tamponner, déchirer, percuter, se déplacer.
De cette volonté et de l’opportunité d’emprunter la force adverse durant un combat, nait une technique. Le TAIJIQUAN implique l’exécution de gestes techniques précis car sans précision, les principes martiaux ne fonctionnent pas, l’énergie vitale ne circule pas et l’art se perd.
Le TAIJIQUAN présente un registre de mouvements techniques souples, relâchés, dénués de contractions car c’est dans la décontraction et au moyen d’une amplitude gestuelle spiralée que l’énergie vitale circule le mieux à travers le corps. C’est cette caractéristique d’exécution souple qui fait du TAIJIQUAN un style doux.
Le TAIJIQUAN exige un long travail visant à relier l’intégralité des chaînes osseuses et tendino-musculaires car un art énergétique est d’abord un art mécanique. Avant d’oser prétendre maîtriser le subtil, il faut maîtriser la matière, c’est-à-dire pouvoir organiser, coordonner, équilibrer et relier le corps en une seule unité entre le sol et l’adversaire.
Le TAIJIQUAN implique du temps car il faut du temps à l’énergie vitale pour s’épanouir dans la matière. Détruire est rapide, mais dans la nature, ce qui se construit pour devenir fort et durable prend du temps.
Le TAIJIQUAN demande des efforts réguliers car c’est en créant des habitudes que l’on parvient à se transformer. A la lumière de ces informations on peut tout à fait comprendre que le TAIJIQUAN n’est pas une gymnastique car le terme gymnastique n’inclut pas l’implication de l’esprit qui est essentielle à la pratique du TAIJIQUAN. Il ne peut être abordée comme un de ces disciplines de « fitness » ou de « bien être » à la mode car cela impliquerait une dimension de type loisir et non de développement personnel ou de travail sur le Soi.
Le TAIJIQUAN ne saurait être considéré comme une pratique magique qui permet, en gesticulant lentement dans le vide, d’être miraculeusement en bonne santé car si le TAIJIQUAN a traversé les âges pour arriver jusqu’à nous, c’est qu’il constitue une véritable science du vivant. Il s’appuie sur des connaissances extrêmement profondes de ce que sont l’homme, l’Univers et le combat.
Il y a de nombreux styles de TAIJIQUAN : styles CHEN, YANG, WU (deux styles WU), SUN, et LI pour les plus connus. Au sein de chaque style, il y a des façons de voir et de faire différentes. Ceci est dû au fait que de nombreuses générations d’enseignants se sont succédées depuis les fondateurs des différents styles. De par leurs visions, leurs gabarits, leurs recherches et leurs objectifs différents, ces professeurs ont teinté les boxes originelles de leurs influences. Chose normale car chaque Art se doit d’évoluer et chaque Artiste, après avoir étudié longtemps et assidument, se doit d’exprimer la nature profonde de son être à travers l’Art.

Le TAIJIQUAN (souvent écrit TAI CHI CHUAN) enseigné par Brice AMIOT au sein de son école appartient au style YANG et descend des enseignements du fils du fondateur YANG LUCHAN nommé YANG BAN HOU (1837 – 1892). Ce style, enseigné principalement par l’École internationale de Maître YANG JWING MING (la Yang Martial Arts Association), est d’une immense richesse. Il n’a pas été dénaturé par les réformes sportives communistes et offre une méthode complète de formation physique, technique, mentale, énergétique et philosophique. YANG BAN HOU reste réputé pour avoir été, malgré son petit gabarit, un redoutable combattant. Peu pédagogue, il n’avait que peu d’élèves mais il sut leur transmettre de nombreuses subtilités dans l’exécution des « petits cercles » (mouvements spiralés court). Sa forme regorge de détails et d’applications.
Au sein de l’école de Brice AMIOT, l’élève débutant aborde d’abord les concepts philosophiques sur lesquels s’appuie le TAIJIQUAN. Il s’applique ensuite à comprendre tous les principes mécaniques corporels qui en découlent. Il étudie les postures fondamentales attachées aux principes martiaux que l’Art vise à appliquer, les déplacements, l’utilisation des pieds, des genoux, du bassin, de la colonne vertébrale, des bras et des mains. Il se familiarise avec le concept énergétique au moyen de la balle de TAIJI, étudie l’influence de son souffle, du mouvement abdominal, du travail du périnée et de la colonne vertébrale. Il apprend à améliorer sa concentration et à exprimer une intention claire derrière chaque geste…
Puis vient l’apprentissage d’un premier ensemble de techniques de base et l’entraînement à l’application de ces techniques sur un partenaire dans le cadre de TUI SHOU (poussées de mains). Au fil de sa progression, l’élève accède à l’étude de la forme complète du style divisée en trois sections et contenant 37 postures et 108 mouvements. Plus il avance, plus il comprend qu’une posture est un concept martial aboutissant à la réalisation de nombreuses applications (frappes, clés, projections). Il est invité ensuite à exercer les techniques en travaillant sa capacité à adhérer et suivre les mouvements adverses. Il accède alors à la forme « 88 », c’est-à-dire à l’enchaînement de mouvements que l’on réalise avec un partenaire. Enfin, il peut commencer à s’exprimer librement au cours d’échanges martiaux à thèmes.
À chaque niveau d’étude, l’élève reçoit les « clés » de la forme, c’est-à-dire l’ensemble des concepts qu’elle dissimule. Ces concepts sont souvent d’ordre purement martial au premier abord mais se lisent à plusieurs niveaux. Le niveau le plus subtil étant d’ordre spirituel puisqu’il révèle le fonctionnement des lois qui régissent notre univers. Lorsque l’on est en mesure de comprendre ces savoirs et de les appliquer quotidiennement, la vie prend une dimension toute nouvelle et l’on devient cocréateur de son monde. C’est le stade de la maîtrise.